Chers amis des martinets,
Vous l’attendiez, cette lettre – la voici: Der Jahresbrief 2025.
Vous découvrirez les grandes lignes d’une année 2025 très chahutée.
Nous espérons qu’elle vous plaira et vous souhaitons une bonne lecture.
Chers amis des martinets,
Une fois encore, notre lettre de Noël est plutôt une lettre de début d’année. En effet, il nous est difficile de penser à Noël avec encore cent quarante-cinq pensionnaires dans nos locaux, qu’il faut nourrir quasiment non-stop. Le bruit de fond constitué par le chant léger des juvéniles et les cris aigus des adultes n’est guère propice à créer une ambiance de Noël. Aussi le petit sapin qui trône sur le palier a-t-il un air légèrement décalé. Henry of the Basement lui-même, un martinet de 2024 sûr de lui et autoproclamé roi de la clinique, lorgne l’étoile qui clignote au-dessus de sa tête d’un air quelque peu désapprobateur. Il m’a demandé d’être concise, en espérant que tous les lecteurs auront passé de bonnes fêtes, et il m’a confié son résumé de la saison 2025, à savoir: chaleur excessive, faim, stress.
Sir Henry, lui dis-je, ça ne marche pas comme cela, nos lecteurs ont envie d’en savoir un peu plus. Alors Henry of the B. s’est tu, il se contente de manger goulûment les grillons que je lui tends et s’amuse d’entendre Paulus et Pigolino, ses voisins d’à côté, faire du vacarme dans leur caisse, car eux aussi voudraient bien des grillons. Juste en-dessous, le petit Melek étire le cou: c’est qu’il aime aussi quand on lui donne de délicieux grillons à la main! Alors il fait deux-trois battements de paupière irrésistibles, et le voilà exaucé!
Sir Henry, comment avons-nous survécu à cet été de cauchemar? Résigné, il hausse les épaules: ah, on a survécu? – Pourtant, ça a commencé comme toujours: avec, dès le début de l’année, des oiseaux en provenance d’autres centres et des transferts vers les Canaries. Fin avril, nous accueillons notre premier martinet de la saison : un adulte qui, à peine revenu d’Afrique, a eu un accident ou s’est retrouvé grièvement blessé lors d’un combat pour la possession d’un trop rare site de nidification. Ou à la suite de mauvaises rencontres: rapaces, chats ou autres espèces peu fréquentables pour un oiseau. Le téléphone des urgences ne cesse de sonner. En mai, nous accueillons quatre-vingt-dix-sept adultes blessés et en juin, quatre-vingt-dix-huit. Traitements de plaies, ostéosynthèses et poses de bandages de soutien rythment nos journées. Ainsi que les euthanasies, malheureusement: certains martinets sont tellement blessés que notre seul moyen de les aider, c’est de les délivrer en douceur.
Floryk, notre premier bébé, arrive le 11 juin. Deux jours après, nous accueillons Zoltani, Loki, Aemon, Jonquille, Amory, Brienne et Sarah. Floryk disparaît alors dans l’adorable grouillement de ces petits êtres rosés hérissés de gaines de plumes. Henry of the B. tourne les yeux d’un air agacé, car il connaît la suite. Le mois de juin nous apporte trois cent trente-trois patients, principalement des oisillons, le mois de juillet, trois cent quatre-vingt-deux. Quand les températures montent, les jeunes martinets tombent. Leur nid se transforme en fournaise et ils préfèrent sauter dans le vide, plutôt que mourir de chaud en souffrant terriblement. Pour ceux qui ont de la chance, la mort est immédiate. Les autres se retrouvent sur l’asphalte brûlant ou dans les griffes d’un prédateur aux aguets. Par chance, certains d’entre eux sont découverts, pris en charge et acheminés jusqu’à nous. Au vu du nombre exponentiel d’arrivées, nous sommes malheureusement obligés de suspendre en partie les accueils : sur les soixante-dix arrivées quotidiennes, nous n’en acceptons « plus que » vingt. ..
L’été se transforme alors en véritable cauchemar. En juillet, nous avons jusqu’à cinq cents oiseaux en soin en même temps. Un pic inédit. Ils sont trop nombreux et nous, nous ne le sommes pas assez pour tous les soigner, les nourrir; chaque jour, il en arrive un peu plus. Dans toute l’Europe, c’est pareil. Les centres de soins et les toutes petites antennes conduites par des particuliers sont à genoux. Dehors meurent d’innombrables jeunes martinets. Combien ? Nous préférons ne pas le savoir. Alarmée, la presse internationale parle d’ « apocalypse pour les martinets ». Avec ses températures extrêmes, le changement climatique se révèle fatal pour les martinets et autres oiseaux nichant dans les bâtiments.
À la clinique, les premiers jeunes aptes au vol sont relâchés. C’est une course contre la montre, car les nouveaux patients continuent de « pleuvoir ». Les relâchers quotidiens du mois de juillet sont cher payés. En effet, les préparatifs prennent du temps et nous en manquons pour nourrir les oiseaux qui restent. De plus, les soins vétérinaires sont à nouveau chronophages, car parmi les nouveaux patients, il y a beaucoup de blessés : les juvéniles qui viennent de prendre leur envol sont fréquemment victimes d’accidents.
Henry of the B. recrache un grillon, arguant que ces nouvelles déprimantes lui coupent l’appétit. Nous avons relâché cinq cent cinquante et un martinets, nous pouvons être fiers, Sir Henry, rétorqué-je. Ça va, ça va, grogne-t-il. Et je pense aux belles réussites que nous avons vécues, par exemple au départ triomphal de l’adulte Garibaldi, parti récemment sous le soleil des Canaries. Quand Garibaldi est arrivé chez nous, il était recouvert du bec jusqu’à la pointe de la queue par de la mousse expansive. L’avoir sauvé constitue une victoire sur la brutalité et l’insensibilité humaines, et pour lui, ce fut une renaissance. Horizon, lui, a survécu à une attaque de pie et a retrouvé la liberté après guérison de son grave traumatisme crânien. Quant à Kiran, il est arrivé avec une importante plaie au dos qui a été traitée chirurgicalement. Plusieurs mois ont ensuite été nécessaires à la repousse des plumes sur la zone dénudée. Il a été relâché fin août, en compagnie de Cyrano, un adulte en provenance de Leipzig qui nous a été transmis par la clinique pour oiseaux de l’université. C’est une vraie joie pour moi d’être parvenue à soigner sa blessure oculaire.
La plupart du temps, les jeunes sont relâchés à la chaîne dans la rue calme et tranquille située devant la clinique. Nous agissons en toute discrétion et communiquons par signes de la main, afin de ne pas attirer l’attention du faucon qui réside dans les parages. Henry of the B. renifle : « qu’est-ce que tu crois ? Il est pas bête, le faucon ! » Il a raison. Un jour ou l’autre, ce faucon découvrira notre piste de décollage dans la Buchenstrasse et il nous faudra alors migrer vers le vieux Griesheim pour relâcher nos oiseaux. Ce qui, en termes de temps, ne fera pas du tout nos affaires…En attendant, nos relâchers réjouissent les habitants, comme cette dame d’un certain âge qui se met régulièrement à sa fenêtre du coin de la rue pour assister aux opérations, en vraie experte. Et ces trois jeunes qui, avec zèle et enthousiasme, viennent nous prêter main forte. Nous n’oublierons pas ce jour où Floki, tombé dans un jardin, nous oblige à franchir plusieurs grillages pour venir le récupérer. Les trois jeunes les franchissent en moins de deux et nous regardent en riant depuis le jardin.
En septembre, les aspirants au départ sont bien moins nombreux. Atteints de lésion du plumage, de nombreux juvéniles sont contraints de rester dans nos locaux. En outre, le temps se dégrade prématurément. Le dernier relâcher de la saison a lieu le 19 septembre ; c’est le grand jour pour Jocelyn, Jesse, Amir et Brego. On dirait que les centres allemands se sont donné le mot, car beaucoup d’entre eux effectuent leur dernier relâcher ce même jour.
Débute alors, avec cent soixante-treize pensionnaires, l’autre saison martinets. À l’heure où j’écris ces lignes, fin décembre, nous avons déjà effectué deux transferts vers le sud. Pourtant, l’énorme quantité de travail demeure. Nous espérons que l’attribution à la clinique des martinets du Prix allemand de la Protection animale, ainsi que les articles et reportages qui en ont découlé, contribueront à améliorer notre situation financière fortement mise à mal par le terrible été 2025. J’en profite - et je vois qu’Henry of the B. fait un petit signe de l’aile - pour vous demander, chers lecteurs et amis des martinets, de ne pas les oublier en 2026. Jamais ils n’ont eu autant besoin d’aide, comme le prouvent nos neuf cent quatre-vingt-dix patients de l’année 2025. Nous ne pouvons pas baisser les bras maintenant.
À vous tous, nous souhaitons le meilleur en ce début 2026! Merci du fond du cœur à tous ceux qui, depuis des années, nous aident par leurs dons, leur action ou leurs attentions! Un immense merci également à la fondation Pro Artenvielfalt, notre partenaire le plus ancien et le plus solide! Nous remercions également les institutions, organisations, fournisseurs, sponsors, sans oublier nos salariés, nos bénévoles, nos adhérents et les centres de soins partenaires. Une mention spéciale à notre centre des impôts pour la disponibilité dont il fait preuve depuis des années.
Malgré tout, nous avons besoin en urgence d’un plus grand nombre d’adhérents, de donateurs et de bénévoles pour nous aider quotidiennement à la clinique. Et bien sûr d’un sponsor spécial pour les grillons supplémentaires de sir Henry!
Les membres du conseil d’administration de la société allemande de sauvegarde du martinet et sir Henry of the Basement, au nom des autres patients, vous saluent chaleureusement en cette nouvelle année.



